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VINYL HAUL #30 💥 mes achats du 2ème et 3ème Trimestre 2026

✳️💥 De la bande originale à la Pop, du Rock britannique au Trip-Hop des nineties, en passant par quelques lives, des pressages originaux et des éditions pour le moins singulières… voici les nouvelles galettes venues rejoindre ma collection durant ce second et troisième trimestre 2026 !

KARL JENKINS / ADIEMUS

« Songs Of Sanctuary »
2019 / Decca / PAYS-BAS / IMT8178797.1

 

Il existe des morceaux immédiatement reconnaissables dont on ignore parfois l’origine. « Adiemus » en fait partie, avec ses voix aériennes et ses sonorités mêlant classique, world music et new age des nineties.

Derrière ce succès se cache Karl Jenkins, compositeur gallois passé notamment par Nucleus et Soft Machine. L’histoire débute en 1994, lorsqu’il compose trente secondes de musique pour une publicité Delta Air Lines. Devant l’engouement suscité, il développe le thème et imagine un album complet : « Adiemus : Songs Of Sanctuary », publié en 1995.

Jenkins s’entoure du London Philharmonic Orchestra, de Mike Ratledge aux percussions et surtout de la chanteuse sud-africaine Miriam Stockley. Particularité du projet : les paroles, inventées phonétiquement, ne signifient rien. La voix devient un instrument, privilégiant les émotions aux mots. La formule fonctionne merveilleusement sur « Adiemus », « Tintinnabulum », « Cantus Insolitus » ou « Kayama ». Entre envolées orchestrales, percussions ethniques, flûtes et harmonies vocales, l’album développe une identité singulière, presque cinématographique, qui conserve aujourd’hui tout son charme.

Initialement conçu pour le CD, « Songs Of Sanctuary » attend 2017 pour connaître sa première édition vinyle. Warner Classics propose alors un pressage limité bleu 140 grammes, bénéficiant d’un master numérique retravaillé aux AIR Studios de Londres pour gagner en chaleur. L’exemplaire présenté ici est toutefois le repress Decca de 2019, fabriqué aux Pays-Bas. L’album s’étale désormais sur deux vinyles noirs 180 grammes, accompagnés d’une pochette gatefold et de sous-pochettes imprimées. Une édition généreuse, parfaitement adaptée à ses cinquante minutes de musique, dont les arrangements subtils profitent pleinement de cette présentation plus confortable.

Trente ans après sa sortie, ce voyage sonore reste aussi envoûtant qu’inclassable. Et dire que tout cela est né d’une publicité de trente secondes destinée à vendre des billets d’avion…

ANNE HATTAWAY / DANIEL HART

« Mother Mary »
2026/ A24 Music / USA / A24M053

 

Il y a des bandes originales qui accompagnent un film, et puis il y a celles qui semblent vouloir continuer à faire vivre son univers une fois le générique terminé. « Mother Mary » appartient clairement à la seconde catégorie. Et pour cause : difficile ici de savoir où s’arrête la fiction et où commence réellement le disque.

Dans le film de David Lowery, Anne Hathaway incarne Mother Mary, immense pop star fictive sur le point d’effectuer son grand retour. Plutôt que de se contenter de quelques chansons fabriquées pour les besoins du scénario, A24 a poussé le concept beaucoup plus loin avec « Mother Mary : Greatest Hits », un véritable album de sept morceaux interprétés par Hathaway. Derrière cette fausse discographie d’une vraie fausse pop star, on retrouve surtout une équipe plutôt impressionnante : Jack Antonoff, Charli XCX et FKA Twigs participent à l’écriture, tandis que Daniel Hart — fidèle collaborateur de Lowery — prend en charge la partie score.

Le résultat possède donc deux visages. D’un côté, des morceaux pop comme « Burial », « Dark Cradle », « Blue Flame ou l’étonnante « My Mouth Is Lonely For You », écrite notamment par FKA Twigs. De l’autre, toute la matière cinématographique de Daniel Hart, beaucoup plus atmosphérique, qui permet au disque de conserver un véritable fil conducteur au-delà de son statut de curiosité.

Côté vinyle, A24 n’a pas fait les choses à moitié : deux vinyles à la fois ‘color-in-color’ et ‘nugget’ tournant en 45 tours, des pochettes intérieures de couleur or, et un poster recto-verso reprenant l’imagerie de la tournée fictive de Mother Mary. Les faces A et B accueillent les chansons d’Anne Hathaway tandis que les faces C et D plongent dans le score de Daniel Hart. Une édition qui brouille joliment la frontière entre accessoire de cinéma et véritable album de collection.

PETER HOOK & THE LIGHT

« Live At O2 Victoria Warehouse, Manchester – 19/4/25 »
2026/ Live Here Now / ANGLETERRE / 5060483413129

 

Il existe peu de bassistes dont quelques notes suffisent à identifier immédiatement le musicien derrière l’instrument. La basse de Peter Hook, placée très haut dans le mix, mélodique, presque utilisée comme une guitare supplémentaire, aura constitué une bonne partie de l’ADN de Joy Division, mais surtout de New Order.

Depuis maintenant de nombreuses années, Hook a également trouvé une manière plutôt intelligente de faire revivre ce patrimoine avec The Light : reprendre sur scène des albums entiers auxquels il a participé, sans chercher à transformer l’exercice en simple machine à nostalgie.

Le 19 avril 2025, retour aux sources : direction Manchester et l’O2 Victoria Warehouse pour près de trois heures de concert. Le programme commence par « Get Ready », septième album studio de New Order paru en 2001, joué ici dans son intégralité. On retrouve donc « Crystal », « 60 Miles An Hour », « Turn My Way », « Vicious Streak » ou encore « Run Wild », avant que le groupe ne bascule dans une seconde partie remplie de classiques.

Et à ce petit jeu-là, difficile de faire beaucoup plus généreux : « Ceremony », « Regret », « Blue Monday », « True Faith » et « Temptation » côtoient l’inévitable « Love Will Tear Us Apart ». Quant aux morceaux de Joy Division – « Transmission », « Disorder », « She’s Lost Control », « Shadowplay », « Atmosphere »… – ils sont regroupés sur un CD bonus accompagnant l’édition vinyle.

Côté vinyle, le concert prend la forme d’un imposant triple album coloré – orange, gris et blanc – logé dans une pochette triple gatefold. Le label Live Here Now a même proposé une déclinaison accompagnée d’un art-print 12 × 12 pouces signé par Peter Hook, limitée à 250 exemplaires.

THE OFFSPRING

« Pretty Fly (For A White Guy) »
1998 / Columbia / ITALIE / COL 667119 6

 

Retour immédiat en 1998. Les pantalons sont larges, MTV possède encore un pouvoir considérable sur la jeunesse mondiale et The Offspring s’apprête à transformer un morceau volontairement idiot en phénomène planétaire.

« Pretty Fly (For A White Guy) », c’est évidemment l’un des grands marqueurs de « Americana ». Un titre pop-punk aux allures de caricature, construit autour d’un personnage qui tente désespérément de s’approprier des codes qui ne sont pas les siens. C’est léger, moqueur, terriblement efficace et suffisamment accrocheur pour contaminer les radios de la fin des nineties. Sorti comme premier single de l’album, le morceau ira jusqu’à atteindre la première place dans plusieurs pays. Mais l’intérêt de cette référence est ailleurs…

Car contrairement au petit 7 pouces américain, cette édition italienne prend la forme d’un maxi 12 pouces tournant en 45 tours. Sur la première face se trouvent la version album ainsi que ‘The Geek Mix’. On retourne la galette et débarque alors le moins convaincant ‘Baka Boys Low Rider Remix’, qui emmène le morceau dans une direction beaucoup plus hip-hop, avant qu’un « All I Want » capté en live ne vienne rappeler que derrière les refrains calibrés se cache quand même un groupe punk particulièrement efficace sur scène.

Le tout est produit par Dave Jerden et habillé par une illustration de Frank Kozik, pionnier du mouvement Art Toy et figure incontournable de la culture graphique alternative américaine des années 90.

Une référence plutôt sympathique à posséder lorsque l’on aime « Americana », précisément parce qu’elle raconte parfaitement cette période où The Offspring avait réussi à faire cohabiter punk californien, culture MTV et énorme machine pop.

MUSE

« The WOW! Signal » (Store Exclusive Collector’s Edition)
2026 / Warner Records – Blood Records / EUROPE & UK

 

Muse et l’espace, c’est une longue histoire d’amour. Alors forcément, lorsqu’un groupe qui a bâti une partie de son identité autour de la science-fiction et des grandes envolées cosmiques décide de baptiser son dixième album « The WOW! Signal », on comprend rapidement que Matthew Bellamy et ses deux acolytes sont revenus sur un terrain qu’ils connaissent particulièrement bien.

Le fameux ‘Wow Signal’ renvoie à ce mystérieux signal radio de 72 secondes capté en 1977, et dont l’origine n’a jamais été définitivement expliquée. Cinquante ans plus tard, Muse utilise cette énigme comme toile de fond d’un album où se croisent mystère cosmique, technologie et questionnements existentiels.

Musicalement, les britanniques ouvrent (à nouveau et enfin) leurs grosses vannes qui ont fait leurs belles heures : rock maximaliste, nappes électroniques, orchestrations massives et production conçue pour remplir autre chose qu’une petite salle communale. « The Dark Forest » ouvre les hostilités avant « Nightshift Superstar », puis arrivent notamment « Shimmering Scars », la formatée « Cryogen », la puissante « Be With You », « Hexagons » et une conclusion parfaitement nommée « Space Debris ». Dix morceaux, 45 minutes et un Muse qui retourne volontiers vers une imagerie science-fictionnelle.

Côté vinyles, on trouve l’édition exclusive au store embarquant un disque ‘swirl’. De l’autre, le label britannique Blood Records a sorti l’artillerie lourde avec une version zoetrope, limitée à 5 000 exemplaires, et numérotée à la main. Deux façons très différentes d’habiller exactement le même signal : l’une joue avec la matière du vinyle, l’autre avec l’illusion optique lorsqu’il tourne. Et pour un album qui parle d’espace, de perception et de phénomènes difficiles à expliquer, il fallait bien au moins ça.

MILEY CYRUS

« Party In The U.S.A. »
2026 / Hollywood Records / USA / D004958621ST01

 

Est-il réellement possible d’entendre les premières secondes de « Party In The U.S.A. » sans être téléporté quelque part entre 2009 et 2010 ? Certains morceaux deviennent malgré eux des capsules temporelles, et celui-ci en est incontestablement une.

À sa sortie, Miley Cyrus se trouve encore à la frontière entre son immense popularité héritée de Disney et la carrière d’adulte qu’elle commencera progressivement à construire. « Party In The U.S.A. » débarque alors sur l’album « The Time Of Our Lives » avec une efficacité pop assez redoutable. Le morceau est co-écrit par Jessie J, Claude Kelly et Dr. Luke, ce dernier assurant également la production. Il grimpera jusqu’à la deuxième place du Billboard Hot 100 américain.

Tout repose finalement sur une recette extrêmement simple : une petite boucle de guitare immédiatement identifiable, une rythmique pop parfaitement calibrée et un refrain que le cerveau conserve sans avoir demandé son avis. De la musique FM ? Assurément. Mais de la musique FM suffisamment bien construite pour traverser quinze années sans réellement perdre son pouvoir régressif.

En 2026, Hollywood Records remet donc le morceau à l’honneur avec une édition 7 pouces pour le moins… scintillante. Face A : « Party In The U.S.A. ». Face B : « The Time Of Our Lives ». Pas de remixes à rallonge ni de remplissage artificiel ; simplement deux morceaux issus de la même époque. Le disque, lui, est transparent et rempli de paillettes, avec cet effet ‘clear glitter’ qui lui va finalement comme un gant.

PORTISHEAD

« Roseland NYC Live »
1998 / Go! Beat / ANGLETERRE / 559 424-1

 

Comment prendre l’univers déjà particulièrement sombre de Portishead et lui ajouter encore un peu de profondeur ? Réponse : installer Beth Gibbons, Geoff Barrow et Adrian Utley dans le Roseland Ballroom de New York, les entourer d’un orchestre, puis laisser la magie opérer. Un live qui ne se contente pas de reproduire les versions studio, mais qui les agrandit.

Le concert est enregistré le 24 juillet 1997, trois ans après « Dummy », alors que Portishead vient tout juste de publier son second album. À cette période, le trip-hop de Bristol a déjà trouvé sa grammaire : rythmiques poussiéreuses, samples, scratches, guitares fantomatiques et cette voix de Beth Gibbons qui donne parfois l’impression d’être constamment située à deux secondes de l’effondrement.

À Roseland, tout prend une autre dimension. Les arrangements orchestraux dirigés par Nick Ingman viennent entourer les machines sans jamais les étouffer. « Humming » devient presque cinématographique, « Mysterons » conserve son étrangeté, « Only You » gagne encore en tension tandis que « Glory Box » devient un monument. Et puis il y a « Roads », évidemment, le genre de morceau capable à lui seul d’imposer le silence dans une pièce. Petite subtilité concernant l’album : si l’immense majorité des morceaux provient bien du Roseland Ballroom, les versions de « Sour Times » et « Roads » retenues pour l’édition audio ont été captées lors d’autres concerts, respectivement à San Francisco et en Norvège.

Côté vinyle, le pressage original britannique de 1998 est un double vinyle Go! Beat livré avec ses pochettes intérieures imprimées et surtout un poster quatre volets.

DJ SHADOW

« Endtroducing….. »
1996 / Mo Wax / EUROPE / MW059

 

Il suffit parfois d’un sampler Akai, d’une platine Technics et d’une quantité probablement déraisonnable de vieux disques pour changer durablement la façon dont on envisage la production musicale.

En 1996, Josh Davis – alias DJ Shadow – publie « Endtroducing….. » chez Mo Wax. Le disque devient rapidement l’une des pierres angulaires de l’abstract hip-hop et du hip-hop instrumental, fabriqué à partir d’un gigantesque travail de sampling et de ‘crate digging’. En clair : fouiller, écouter, découper, transformer, puis reconstruire un nouvel univers à partir de fragments de musiques déjà existantes.

Et quelle construction. « Building Steam With A Grain Of Salt » et sa boucle de piano hypnotique ouvrent une première porte, suivies par les batteries impressionnantes de « The Number Song », et de l’excellente « Changeling » – qui embarque un sample de Tangerine Dream issu de l’album « Stratosfear ». Plus loin, « Stem/Long Stem » devient presque une petite bande originale à elle seule, « Organ Donor » apporte sa dose d’orgue détraqué et « Midnight In A Perfect World » pose l’un des plus beaux moments du disque. Le tout se termine avec l’immense « What Does Your Soul Look Like », comme si Shadow refermait progressivement la boîte dans laquelle il avait enfermé tous ses fantômes sonores.

La pochette, captée par le photographe irlandais B+ (alias Brian Cross), est elle-même devenue iconique : deux hommes penchés dans les bacs de vinyles au sous-sol du magasin Rare Records à Sacramento (dorénavant disparu). Difficile d’imaginer illustration plus appropriée.

Côté vinyle, le pressage original européen de 1996 se présente avec une épaisse pochette gatefold dans laquelle chaque disque est logé dans l’un des deux panneaux, accompagné de sous-pochettes illustrées mates. À ne pas confondre avec le pressage original américain de 1996 : celui-ci possède une pochette simple, plus légère, et des sous-pochettes brillantes. Un détail qui permet de distinguer rapidement les deux éditions.

Et l’histoire continue en 2026 puisque, pour les 30 ans de « Endtroducing….. », Mo Wax/[PIAS] a proposé le 18 septembre une nouvelle édition double vinyle, remasterisée à partir des bandes originales et gravée en half-speed. Une belle occasion de redécouvrir ce standard. Pour un album entièrement construit en allant chercher la musique des autres dans les bacs, finir trente ans plus tard recherché lui-même par les collectionneurs possède quelque chose d’assez savoureux !

SEETHER

« One Cold Night »
2025 / The Bicycle Music Company / USA / 888072733589

 

Seether sans murs de guitares saturées, est-ce encore réellement Seether ? « One Cold Night » apporte une réponse assez évidente : oui. Et parfois, retirer l’électricité permet même de mieux comprendre ce qui se cachait derrière.

Le 22 février 2006, le groupe sud-africain se produit au Grape Street Club de Philadelphie. Shaun Morgan souffre alors de problèmes gastriques et, plutôt que d’annuler la soirée, le groupe décide de transformer son concert en prestation acoustique. Une contrainte qui donnera finalement naissance à l’un des lives les plus singuliers de leur discographie.

Car une fois débarrassées d’une partie de leur distorsion, les compositions prennent soudainement une autre couleur. « Gasoline » et « Driven Under » deviennent plus sombres, « Fine Again » laisse davantage respirer sa mélancolie et « Broken » (initialement interprétée en duo avec Amy Lee d’Evanescence sur l’album « Disclaimer II ») retrouve naturellement le dépouillement qui lui convient si bien. « Remedy », immense morceau du groupe, fonctionne lui aussi étonnamment bien dans cet habillage minimaliste. Et puis il y a « Immortality », reprise de Pearl Jam (issue de leur album « Vitalogy » de 1994), parfaitement à sa place entre deux compositions de Shaun Morgan.

Publié à l’origine en CD/DVD en 2006, « One Cold Night » aura pourtant attendu près de vingt ans avant de connaître enfin une véritable édition vinyle. Celle-ci débarque à la fin de l’année 2025 sous deux éditions : d’un côté un double LP bleu, de l’autre un double LP noir. Les trois premières faces regroupent les treize pistes du disque – dont le mix alternatif de « The Gift » – tandis que la face D est entièrement gravée au laser avec le logo du groupe.

Une sortie tardive, certes. Mais pour l’un des témoignages les plus intimes de Seether, il était franchement temps que les sillons prennent enfin le relais.