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Je rencontre JEAN-MICHEL JARRE 🤝 | Monsieur Vinyl
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J'ai rencontré Jean-Michel Jarre (Dédicace Librairie Kléber)

Je rencontre Jean-Michel Jarre (Dédicace Librairie Kléber) 🤝

Le 19 Octobre 2019, à Strasbourg, au sein des Librairies Kléber, se tenait une conférence-dédicace à l’occasion de la parution du livre autobiographique « Mélancolique Rodéo » par Jean-Michel Jarre chez Robert Laffont. Après de multiples années à essayer en vain de rencontrer ce pionnier de la musique électronique, j’ai enfin pu lui parler et lui faire signer plusieurs vinyles. Voici un résumé de cette après-midi unique, se déroulant lors d’un jour de pluie (« Band In The Rain ») mais avec – heureusement – beaucoup de soleil musical dans le cœur (« Twelve Dreams Of The Sun »).


RENCONTRE AVEC JEAN-MICHEL JARRE une vidéo proposée par Monsieur Vinyl / (PARTIE INTERVIEW) CAPTATION LIVE & SON : François Wolfermann / (PARTIE BRIEF) TOURNAGE, MONTAGE, SON : Monsieur Vinyl / RÉALISATION Monsieur Vinyl / CAPTÉ LE : 19 Octobre 2019 à Strasbourg (67) / Avec l’aimable autorisation des ‘Librairies Kléber’ / MERCI À : Louise, François et Emmanuel, et celles qui se reconnaîtront pour leur aide précieuse. (Un merci particulier au parapluie). / MUSIQUE:  Kevin MACLEOD, « Tech Live ».

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Emmanuel : Merci pour votre patience. Vous l’avez compris, circonstance un peu exceptionnelle aujourd’hui… je vous demande d’applaudir très très fort notre invité Monsieur Jean-Michel Jarre !

Jean-Michel Jarre : Bonjour à tous ! Merci beaucoup de cet accueil. Vraiment ravi d’être ici à Strasbourg pour accompagner ce livre qui est très particulier et qui m’est cher. On est là pour en parler et pour partager ce moment avec vous.

E. : Jean-Michel, la salle est comble et pourtant par rapport à l’habitude que vous avez en concert, c’est finalement un endroit très confiné, un endroit très cosy par rapport à ces millions de spectateurs qu’il peut y avoir, que ce soit la Concorde, que ce soit Moscou, que ce soit Londres et autres…

J-M.J: Je suis toujours étonné que des gens viennent, donc je vous remercie. C’est jamais gagné ! Au fond, quelle que soit la taille du public, c’est toujours la même adrénaline, la même chose sur une scène, que ce soit pour jouer de la musique ou pour partager une conversation. Enfin, là, c’est quand même plus décontracté, parce que j’ai déjà terminé le livre, donc maintenant je peux en parler, c’est plus facile. Et puis c’est un plaisir évidemment de tous vous retrouver.

E : Les objets transforment ce livre en cabinet de curiosités. Vous avez cette mémoire visuelle et peut-être même olfactive qui revient avec ces objets ?

J-M.J: On sait jamais ce qui arrive, si ce qui nous est arrivé ne nous était pas arrivé – par définition. Parmi les objets que je décris, mon grand-père – un personnage tout à fait extraordinaire, qui était à ses heures un musicien joueur de hautbois et en même temps un ingénieur/inventeur, a inventé une des premières consoles de mixage, mais aussi le Teppaz qui est le premier électrophone portatif, l’ancêtre de l’iPod. Il avait cette caverne d’Ali-Baba où j’y passais des heures et dans laquelle il inventait des tas de choses. (…) Pour l’anniversaire de mes douze ans, il m’offre un cadeau extraordinaire : un petit magnétophone Grundig allemand d’occasion. À partir de là, je vais commencer à tout enregistrer de manière assez obsessionnelle, sans savoir que ce magnétophone deviendrait plus tard une manière pour moi de faire de la musique.

E : Parlons de cette époque, le G.R.M., à la fin des années soixante, début des années soixante-dix. Dans l’acceptation générale, c’est quoi ? C’est une bande de Géo Trouvetout un peu fous furieux ? Est-ce que vous imaginiez – vous, Pierre Schaeffer, vos collègues de promotion – l’évolution qu’il y aurait à cette musique dite électronique ?

J-M.J: Quand je jouais dans des groupes de Rock, c’était la musique de ma génération, mais aussi des générations qui ont suivies, notre musique à tous pour beaucoup. Finalement, les anglais et les américains tiennent leur révolution. Cette musique, c’est la leur. Ce n’est pas la nôtre, même si on la consomme. Au fond, c’est un petit peu comme si on nous proposait une Edith Piaf qui vient de Madagascar ou un Jacques Brel qui vient de Malaisie. Ils ont les originaux. J’avais du mal à comprendre pourquoi les ados de ma génération prenaient ces chansons, en faisaient des ‘covers’ (ce qu’on appelle simplement des traductions de chansons). C’était intéressant, mais j’avais l’impression que ce n’était pas notre révolution.

Et quand je suis en rapport avec Schaeffer au Groupe de Recherche Musicale, d’un seul coup je rencontre quelqu’un qui dit pour la première fois dans l’histoire de la musique « la musique n’est pas faite seulement de notes basées sur le solfège, mais elle est fondée sur les sons », c’est à dire que vous pouvez sortir avec votre magnétophone, votre micro et enregistrer le son de la pluie, du vent, de la gare, de la rue, et en faire de la musique. Je me dis alors que c’est une manière tellement révolutionnaire d’approcher la musique, et que nous tenons notre révolution, elle est là.

En fait, on oublie souvent que la musique électro est née en Europe Continentale, elle n’a rien à voir avec le Jazz, le Blues, le Rock. C’est une musique qui est née en France, en Allemagne, en Belgique, en Hollande, en Europe Continentale, et c’est la raison pour laquelle d’ailleurs, aujourd’hui, la scène électro française, allemande, belge, néerlandaise et d’Europe, est si importante et si légitime.

 

E. : On a beaucoup parlé de la relation entre votre père et vous, lorsqu’il y a eu le début de cette affaire Johnny Hallyday. Est-ce que à un moment vous avez eu peur que le livre puisse apparaître comme une forme de règlement e compte, ce qui n’est pas du tout le cas d’ailleurs, la façon dont vous écrivez sur votre père ?

J-M.J: J’aimais beaucoup Johnny mais, si il m’entend, je n’ai absolument pas pensé à lui en écrivant le livre, ça n’a rien à voir avec tout ça. C’est triste et pathétique que des familles connues ou inconnues se déchirent autour de problèmes de testament. Moi – que ce soit ma sœur ou moi – nous n’avons pas un seul objet de notre père. Ma sœur, qui est plus jeune que moi et qui est une fille, en a beaucoup plus souffert. Moi j’étais, depuis le départ, habitué – d’une certaine façon – à ne rien attendre de mon père, donc ça n’a pas été un choc énorme de ne rien avoir. Au delà de ça – et je pense que c’est une leçon à mûrir pour chacun – je citerais René Char qui disait que « le véritable héritage n’a pas besoin de testament ». C’est bien que tout le monde se souvienne de ce principe. Ça évite les déceptions et les déchirements.

E. : Ce qui frappe dans certains de vos concerts c’est que ce barnum impressionnant – qui va attirer plusieurs millions de personnes – a quelque chose de finalement très artisanal. On imagine de l’extérieur une équipe d’ingénieurs, puis on s’aperçoit que le concert peut capoter à une pince à linge près. C’est aussi cette excitation qui vous fait aller de l’avant et toujours proposer ces concerts ?

J-M.J: Non, en fait beaucoup de gens ont toujours imaginé que les concerts que j’ai fait, réunissant beaucoup de monde, étaient dus au fait qu’un matin je me réveillais et je me disais « je vais aller jouer devant les pyramides » ou encore « je vais aller jouer en Chine », etc. Évidemment, si on réfléchit deux secondes, ça ne peut pas se passer comme ça. En fait, je n’ai rien contrôlé de tout ça. Ce sont des choses qui m’ont été proposées. Alors, évidemment, il faut les accepter ces propositions tout à fait étonnantes. C’est vrai qu’il y a deux catégories de gens dans la vie que nous connaissons, que ça soit les gens qui pensent que dans toute opportunité il y a un risque et qui ne prennent pas le train en marche, et puis d’autres qui considèrent que dans tout risque il y a une opportunité et qui prennent justement le train en marche. Évidemment, je pense faire partie de la deuxième catégorie comme beaucoup d’autres.

E. : Quel serait pour vous le concert ultime de Jean-Michel Jarre ? Alors, à titre d’exemple, un musicien américain, Sean Lennon – fils de John Lennon/Yoko Ono – évoque un concert qui se rapproche de vous puisque c’est sur une pyramide aztèque ; les Beatles chanteraient tous sur des chevaux de couleurs différentes, Jimi Hendrix à la guitare solo et Bob Dylan à la guitare d’accompagnement, avec aux chœurs Janis Joplin, Billie Holliday, Dolly Parton, et en maître de cérémonie vaudou Miles Davis qui égorgerait Justin Bieber. J’imagine que vous n’iriez pas forcément si loin, mais est-ce que vous auriez une sorte de panthéon avec qui vous auriez tant aimé pouvoir partager quelque chose ?

J-M.J: Alors, deux formes de réponse rapides, parce que c’est difficile de surpasser ça… Il y en avait un qui était capable de le surpasser, c’était Salvador Dalí qui m’a fait une proposition très étonnante. Je suis allé le voir à Figueras. Il était déjà très âgé, et il voulait qu’on organise ensemble le concert que je donnerais pour ses obsèques, et c’est lui qui ferait la mise en scène. À côté de ce que dit Sean Lennon, vous pouvez imaginer que c’était un petit bras à côté de l’imagination de Dalí, qui voulait des éléphants à tête de chien, des licornes avec des ombrelles à l’envers avec de l’hydromel qui fuit, des parapluies, etc, etc, etc.

Et puis, plus sérieusement – et je terminerais sur cette note qui est importante pour moi – le souhait que j’ai pour moi et pour d’autres artistes c’est d’aller jouer justement dans des endroits où les gens n’ont pas les mêmes libertés que les nôtres. J’ai joué par exemple l’année dernière en Arabie Saoudite et j’ai reçu une tonne d’insultes sur internet qui disaient « pourquoi vas-tu jouer dans un endroit comme ça ? », etc, etc. Les gens qui disent ça font une grosse erreur. Je pense qu’il faut aller dans les endroits où les gens n’ont pas les mêmes libertés que les nôtres, parce que sinon on leur applique la double peine. C’est à dire que non seulement ils n’ont pas les mêmes libertés que les nôtres mais si – en plus – on les prive de culture, de cinéma, de musique, de peinture, de littérature, on fait une sorte de fondamentalisme à l’envers et – au fond – on collabore à cette forme de radicalisation, d’aliénation. Je pense que demain il faut aller en Iran, aller en Corée du Nord, et considérer la culture comme un Cheval de Troie pour aller justement essayer de tendre la main aux gens qui subissent des régimes qui ne sont pas les mêmes que les démocraties dans lesquelles on a la chance de vivre.

La boucle est bouclée, puisque c’est une chose que ma mère me disait quand j’étais enfant : «  ne confonds pas les nazis et les allemands, ne confondons pas l’idéologie et un peuple ». Je pense que l’agenda des politiques et des artistes ne sont pas les mêmes dans ce domaine. On peut boycotter un régime, il faut pas boycotter les gens. Au moment où Toulon était tombé dans les mains du Front National, il y avait beaucoup d’artistes français qui avaient décidé de boycotter Toulon. Moi, il se trouve que je commençais une tournée à ce moment là, et j’ai commencé par Toulon. Parce que sinon où est-ce que l’on met le curseur ? On coupe l’électricité ? On coupe les vivres ? Au contraire, il faut aller dans ces endroits là, c’est notre devoir d’artiste.

Donc mon rêve – pour répondre à votre question – c’est de pouvoir continuer à aller dans des pays où les gens ne jouissent pas des mêmes libertés que les nôtres, et d’encourager aussi beaucoup d’autres artistes à ouvrir leurs œillères pour certains et ne pas hésiter à aller dans ces endroits.

E. : Merci beaucoup Jean-Michel !

 

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