"La Nuit des Masques", histoire vinylistique | Monsieur Vinyl
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« La Nuit des Masques », histoire vinylistique 🎃

Si vous aimez frissonner au cinéma, alors vous avez sans doute vu « La Nuit des Masques », ce film culte de John Carpenter. Mais connaissiez-vous l’histoire de la bande originale du film ? Dans quelles circonstances et quand a t-elle été publiée ? Voici quelques éléments de réponse.

John Carpenter, en dehors de sa casquette de génial-réalisateur, a – en grande partie – toujours composé les musiques de ses propres films. Je pense notamment à « Christine », « The Fog », « Vampires » ou encore « Ghosts Of Mars ». C’est devenu, au fil du temps, une de ses marques de fabrique. Même Ennio Morricone s’est approché timidement du style musical de John Carpenter en composant le thème d’un autre de ses films, « The Thing », en 1982.

Mais, sans aucun doute, une de ses pièces de musique la plus célèbre reste celle de « La Nuit des Masques » (ou « Halloween » outre-Atlantique). C’est à se demander encore aujourd’hui comment un simple thème interprété au piano couché sur une naïve ligne de notes sourdes peut à ce point installer une ambiance si angoissante. Justement, question ambiance, je vous propose un petit flashback avec la bande-annonce originale du film que l’on projetait dans les salles américaines en 1978.

L’histoire de la bande originale du film… en vinyle

Il y a environ cinq ans, j’ai j’ai acquéri la bande originale en vinyle, une édition allemande de 1989, dont je me suis largement contenté. À cette période, j’ignorais totalement comment et dans quel pays cette B.O. avait été publiée. Depuis, j’ai mené mon enquête et j’ai découvert qu’il existait, en réalité, trois publications vinyles différentes de celle-ci dans le monde.

L’une est allemande (celle que j’avais achetée), l’autre est américaine et la dernière est japonaise. Le plus étonnant dans tout ça, c’est que ces trois éditions s’avèrent complémentaires et, malgré tout, différentes.

1979 : la version japonaise

La version japonaise de 1979.

 

L’édition japonaise a été éditée sous le label Nippon Columbia. À mon sens, c’est l’un des plus beaux pressages de la bande originale d’ « Halloween ». Elle a été publié en 1979, soit un an après la sortie du film et, donc, le plus proche chronologiquement de la période où on le projetait en salles.

Pourtant, cette version est musicalement très éloignée de celle qui sera publiée quatre ans plus tard. La raison est simple : il s’agit en réalité d’un réarrangement construit à partir des compositions originales de John Carpenter et interprété par l’Orchestre Philharmonique de la ville de Bowling Green (située dans l’Ohio, aux Etats-Unis). Le tout est entrecoupé de nombreux authentiques dialogues extraits du film (ces derniers sont d’ailleurs retranscrits dans un livret glissé à l’intérieur de la pochette).

Une explication en japonais du procédé sonore Spacesizer 360, extrait du livret intérieur.

 

Pour couronner le tout, cette version nippone est estampillée « audiophile », c’est à dire qu’elle a bénéficié d’un mastering spécial qui donne la pare belle au son. Ce mastering, baptisé « Spacesizer 360 System Recording », donne à l’auditeur la sensation d’être encerclé par le son par un subtil jeu de mixage stéréo.

La pochette, quant à elle, est somptueuse. Ornée d’une couleur noire profonde, on y retrouve au recto le visuel de Jack-O-Lantern avec ses yeux lumineux, couleur jaune-feu. Au verso, on peut y voir les photos des acteurs imprimées en noir et blanc.

La photo de l’actrice Nancy Loomis, imprimée au verso de la pochette de la version japonaise, une photo qui disparaîtra sur les éditions suivantes.

 

En médaillon principal, la photo de l’actrice Nancy Loomis (Annie dans le film) allongée dans un lit avec la pierre tombale de Judith Myers au-dessus d’elle. Enfin, encerclant toute la pochette, l’incontournable bande japonaise (dite « OBI »), de couleur bleue turquoise.

Avec cet historique, ce pressage est beaucoup plus qu’un simple pressage japonais ; c’est aussi (et surtout) une publication totalement atypique et une autre vision de la bande sonore du film que je conseille à tous les chanceux possédant ce bijou d’expérimenter.

Le macaron face B de la version japonaise.

 

1983 : la version américaine

Les Américains vont devoir attendre cinq ans de plus après la publication de la version japonaise pour voir débarquer la bande originale d’ « Halloween » sur leur propre sol, cette fois éditée chez Varèse Sarabande. À noter que, pour le coup, les dialogues – qui étaient parsemés sur la version japonaise – disparaissent. Côté musical, c’est la première fois que l’arrangement original (celui que l’on entend dans le film) est publiquement révélé en vinyle.

Côté graphisme, le visuel principal au recto change de couleur. Les tonalités tirent vers l’orange. Les yeux de Jack-O-Lantern sont moins lumineux. Toutefois, la pochette a son charme : la phrase « Original Motion Picture Soundtrack » et le nom de « John Carpenter » sont inscrits en rouge. Le verso de la pochette est jaune et, tout comme la version japonaise, on retrouve les photos du film. Par contre, plus aucune trace de la photo qui était imprimée sur la version nippone et où apparaissait Nancy Loomis.

La version americaine de 1983.

 

On remarquera également au verso de la pochette d’autres références de bandes originales éditées chez Varèse Sarabande, dont « Halloween II ».

En effet, au moment où le vinyle américain de « Halloween » arrive dans les bacs, cela fait déjà deux ans que la suite du film est sortie en salles ; cette suite est accompagnée de sa bande originale également composée par John Carpenter. Chronologiquement et historiquement, le vinyle d’ « Halloween II » a donc été publié deux ans avant celui du premier volet.

Le verso de la pochette américaine d’ « Halloween », et son macaron sous Varèse Sarabande.

 

1989 : la version allemande

La version allemande est la moins spectaculaire et aussi la plus courante des trois versions vinyles d’ « Halloween ». C’est une réédition qui verra le jour en 1989 sous le sous-label Celine Records.

Malheureusement, cette dernière n’a pas héritée de la qualité audio de ses deux grandes sœurs, malgré que ce pressage se veuille ‘audiophile’ puisque bénéficiant d’un Half Speed Mastering (à savoir faire tourner le son deux fois moins vite et le graver deux fois moins vite afin de résoudre des problèmes dans les hautes fréquences lorsqu’elles sont trop importantes). Mais, selon moi, la qualité audio n’est tout de même pas au rendez-vous.

Quant à l’artwork du disque, rien d’exceptionnel : le recto reprend le visuel américain et fait disparaître les inscriptions en rouge (dommage). On retrouve le logo du label en haut à gauche et la référence du disque en haut à droite. Enfin, « Original Filmmusik » trône au-dessus du titre du film. Au verso, c’est encore moins identique à la version américaine. Ici, deux photographies ont disparues (dont celle avec Donald Pleasence) pour laisser davantage de place au notes du réalisateur. Un code barre apparaît aussi en bas à gauche, indiquant que nous sommes bien face à un pressage de l’ère digitale.

La version allemande de 1989.

 

Exit également les autres références de bandes originales proposées sur la version américaine ; en effet, le label qui, en 1989, publie et fabrique ce vinyle n’est pas Varèse Sarabande mais Colosseum, le fabriquant affilié à Varèse pour l’Europe, le Moyen Orient et l’Afrique. Ces références, qui appartiennent à Varèse Sarabande sur le sol américain, n’avaient donc pas à apparaître sur une publication européenne.

Le verso de la pochette allemande d’ « Halloween », et son macaron sous Celine Records.

 

Et côté sonore ?

Pour terminer, faisons un petit tour du côté des enregistrements sonores que proposent ces vinyles.

Pour commencer, la version japonaise de 1979 (avec son réarrangement et mastering spécial) débute avec la célèbre chansonnette : « Black cats and goblins / And witches and ghosts / Thousands of witches / Who bother their hosts / If they think they scare me / They’re probably night / Black cats and goblins / On Halloween Night / Trick or treat !« . Le son y est hautement qualitatif (pressage japonais oblige).

On continue avec la version américaine de 1983. Cette fois, on reconnaît la bande originale utilisé dans le film en 1978. C’est la version la plus connue, et le vinyle se défend plutôt bien au niveau sonore.

Quant à la version allemande de 1989, elle reprend exactement la bande sonore de 1983. Seul un procédé de pressage en Half Speed Mastering y est appliqué. Malheureusement, comme indiqué précédemment dans mon article, le son y est beaucoup plus sourd que la version d’origine, ce qui en fait la publication la moins qualitative des trois.

Les trois vinyles d’ « Halloween », respectivement publiés entre 1979 et 1989, sont ici réunis.