05 FĂ©v Des vinyles chez Luka đĄđ
đ§đ” Chez Luka, le vinyle nâest pas un format : câest une maniĂšre dâĂ©couter. Ă un peu plus de 20 ans, il façonne depuis prĂšs de dix ans une collection Ă©clectique et prĂ©cise. Gainsbourg y croise Clara Luciani, Pink Floyd dialogue avec Depeche Mode, tandis que la city pop japonaise sâinvite naturellement. Dans ce seiziĂšme Ă©pisode de *Des Vinyles Chez Toi*, Luka ouvre les portes de son salon vintage. 45 tours de jeunesse, pressages patinĂ©s, trouvailles rares et Ă©ditions signĂ©es sây cĂŽtoient. Une collection qui raconte lâhistoire dâun mĂ©lomane vivant sa vingtaine entre prĂ©sent et dĂ©cennies passĂ©es.
MONSIEUR VINYL : Bonjour Luka !
LUKA : Bonjour Monsieur Vinyl !
M.V. : Tu te souviens précisément de ton tout premier vinyle ?
L : Oui, câĂ©tait un 45 tours de The Police, achetĂ© quand jâĂ©tais au lycĂ©e. Il y avait un petit dĂ©pĂŽt-vente juste Ă cĂŽtĂ©, et jây allais pendant mes heures de pause pour fouiller les bacs. Je commençais Ă mâintĂ©resser au vinyle sans vraiment savoir oĂč ça allait me mener. Ce disque-lĂ mâa marquĂ© parce que câest le premier que jâai choisi consciemment. Je lâai toujours dans ma collection aujourdâhui, comme un point de dĂ©part.
M.V. : Il y a chez toi le syndrome de la âchance du dĂ©butantâ.
L : ComplĂštement. Il mâest arrivĂ© plusieurs fois de penser la veille Ă un disque prĂ©cis⊠et de le trouver le lendemain en vide-grenier ou en foire aux disques. Le cas le plus fou, câest « Led Zeppelin IV », trouvĂ© trĂšs tĂŽt dans ma collection. Ou encore un « Led Zeppelin I » original français payĂ© 2 euros. Ce sont des moments qui marquent.
M.V. : Tu nâas pas peur des disques qui ont vĂ©cu. Pourquoi ?
L : Un disque, pour moi, câest fait pour ĂȘtre Ă©coutĂ©, pas conservĂ© sous cloche. Une pochette abĂźmĂ©e, un nom Ă©crit au dos, quelques craquements⊠ça raconte une histoire. Tant que le disque reste Ă©coutable, ça ne me dĂ©range pas du tout. Au contraire, ça lui donne une Ăąme. Jâaime lâidĂ©e quâun vinyle ait dĂ©jĂ traversĂ© plusieurs vies avant dâarriver chez moi.
M.V. : Comment es-tu tombé sur la city pop japonaise ?
L : Câest arrivĂ© avec le revival international de la city pop il y a quelques annĂ©es. En creusant, je suis tombĂ© sur Junko Yagami, et ça a Ă©tĂ© une vraie claque. Les ambiances, les arrangements, parfois trĂšs orchestraux, mâont immĂ©diatement accrochĂ©. Et comme je mâintĂ©resse dĂ©jĂ au Japon, ça sâest imposĂ© naturellement dans ma collection. Aujourdâhui, câest un univers que jâĂ©coute beaucoup.
M.V. : Tu sembles fascinĂ© par les pressages japonais. Quâont-ils de spĂ©cial ?
L : La qualitĂ©, avant tout. MĂȘme sur des disques de plus de 40 ans, lâĂ©tat est souvent impressionnant. Les vendeurs japonais sont extrĂȘmement exigeants sur le ‘grading’, donc il y a rarement de mauvaises surprises. Et puis il y a les dĂ©tails : lâOBI, les inserts, les pochettes. On sent un respect profond pour le support, presque culturel.
M.V. : Tu racontes une belle anecdote autour de Miles Davis. Que sâest-il passĂ© ?
L : Je suis allĂ© Ă une foire aux disques en me disant que ce serait gĂ©nial de tomber sur un album prĂ©cis de Miles Davis, Ă un prix raisonnable. Et je suis tombĂ© exactement sur « Bitches Brew », en pressage original français. Câest un de mes albums prĂ©fĂ©rĂ©s de Miles. Ce genre de moment te donne lâimpression que la collection te ‘rĂ©pond’ parfois.
M.V. : Il y a aussi des disques trĂšs locaux dans ta collection, comme cette compile normande punk/post-punk.
L : Oui, câest un disque pressĂ© en 1985, qui regroupe des groupes punk et post-punk de Normandie. Beaucoup de ces groupes nâont sorti quâun ou deux morceaux, parfois uniquement prĂ©sents sur cette compile. Jâaime ce cĂŽtĂ© archive locale, presque documentaire. Ce sont des disques quâon ne trouve pas partout et qui racontent une scĂšne, une Ă©poque prĂ©cise.
M.V. : Tu racontes aussi avoir découvert certains artistes uniquement grùce à une pochette.
L : Câest le cas de Brenda Lee. Je suis tombĂ© sur la pochette chez un disquaire Ă Strasbourg, sans vraiment connaĂźtre son travail. LâesthĂ©tique annĂ©es 50/60 mâa immĂ©diatement plu, alors je lâai achetĂ© sur un coup de tĂȘte. Une fois Ă©coutĂ©, jâai adorĂ©.


