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Bootlegs, pirates, contrefaçons : le monde du vinyle non officiel

Des millions de livres sterling de manque à gagner potentiel pour les labels. C’est l’une des conséquences d’un vaste trafic de vinyles contrefaits écoulés au Royaume-Uni entre 2017 et 2024 par un faussaire particulièrement bien organisé, dont les ventes illégales ont généré près de 2,7 millions de livres sterling. Cette affaire rappelle que le disque vinyle a toujours été concerné par le marché du non-officiel. Contrefaçons, bootlegs, pressages pirates ou éditions à l’origine parfois difficile à déterminer. Dans cette nouvelle vidéo, je vous propose un tour d’horizon pour mieux vous repérer dans ce monde du « faux » et éviter de vous faire avoir au cours de vos recherches.

Bootleg, pirate, contrefaçon… Dans le monde du disque vinyle, ces trois termes sont régulièrement utilisés pour parler d’éditions qui ne sont pas sorties par les circuits officiels. Pourtant, ils ne racontent pas exactement la même histoire. Et lorsque l’on commence à fouiller les bacs des foires aux disques, des conventions ou du marché de l’occasion, mieux vaut savoir faire le distingo. Car un vinyle non officiel peut aussi bien renfermer un concert historique jamais publié qu’imiter presque parfaitement un pressage original devenu très recherché.

Le vaste monde des pressages non officiels

Pour commencer, il faut comprendre ce que l’on appelle réellement un pressage non officiel. Contrairement à une édition commercialisée par un label ou avec l’autorisation des ayants droit, celui-ci apparaît en dehors du circuit officiel. Il peut contenir un enregistrement totalement inédit, reprendre des morceaux déjà commercialisés ou encore chercher à reproduire une édition existante. Derrière une même appellation se cache donc une multitude de disques aux intentions parfois très différentes : concerts enregistrés dans le public ou récupérés depuis une régie, passages radio, répétitions, interviews, albums officiels réhabillés sous une nouvelle pochette ou reproduction presque parfaite d’un pressage recherché : le non-officiel peut prendre de nombreuses formes.

Pour mieux s’y retrouver, on peut distinguer trois grandes familles : le bootleg, qui propose généralement des enregistrements absents de la discographie officielle ; le pirate, qui reprend des enregistrements officiels pour les proposer sous une autre forme ; et enfin la contrefaçon, dont l’objectif est beaucoup plus clairement d’imiter une édition existante et de la faire passer pour authentique.

Le bootleg, ou la mémoire parallèle d’un artiste

Le bootleg est sans doute celui qui possède le statut le plus particulier auprès des collectionneurs. Contrairement à une simple copie d’un album disponible dans le commerce, il propose généralement un contenu absent de la discographie officielle : concert, répétition, démo, session radio, passage télévisé, interview ou tout autre enregistrement qui n’a jamais bénéficié d’une véritable édition commerciale. Pour un passionné, certains de ces pressages sont de véritables documents historiques.

Ainsi, on peut prendre comme exemple le pressage américain « In Celebration Of The Comet » de Pink Floyd qui n’est autre qu’une captation de concert qui permet d’entendre les prémices de l’album « The Dark Side Of The Moon » qui sera publié 1 an après.

Même chose avec le concert de Metallica donné en Antarctique en décembre 2013 : la prestation a bien été diffusée officiellement sous forme numérique et vidéo, mais sans véritable édition physique vinyle dans la foulée. Les fabricants de bootlegs se sont alors chargés de matérialiser l’événement sur microsillon.

Voilà toute l’ambiguïté de ces objets : ils ne sont pas officiels, mais ils peuvent combler une absence laissée par l’industrie musicale.

Le pirate change l’habillage, pas forcément la musique

Avec le disque pirate, on glisse vers un autre terrain. Cette fois, l’enregistrement existe déjà officiellement. Il est simplement repris sans autorisation puis replacé dans une autre édition. Nouvelle pochette, nouveau numéro de catalogue, vinyle coloré, tracklist différente, morceaux ajoutés ou supprimés… Le pirate ne cherche pas nécessairement à reproduire l’original à l’identique. Il peut au contraire afficher très clairement sa différence.

C’est notamment le cas de certaines éditions de « The Rainbow Children » de Prince. Le pressage original de 2001 possède ses propres caractéristiques, alors que l’édition non officielle apparue en 2019 reprend l’album en modifiant différents éléments graphiques et en proposant notamment des disques de couleur. La musique reste celle de Prince, mais l’objet change de costume. C’est précisément ce qui permet de distinguer le pirate de la contrefaçon.

La contrefaçon : quand le faux cherche à devenir vrai

La contrefaçon cherche clairement à tromper. Son objectif est de vous faire croire que vous avez entre les mains un véritable pressage original. Pochette, labels centraux, références catalogue, mentions légales, typographie ou couleurs peuvent être reproduits afin d’approcher au maximum l’édition authentique. Et lorsque le disque concerné vaut plusieurs centaines d’euros, le risque devient évidemment beaucoup plus important.

C’est là que l’expérience du collectionneur entre en jeu. Un pressage des années 1970 ne possède pas nécessairement les mêmes caractéristiques qu’un disque fabriqué vingt ou trente ans plus tard. Texture du papier, qualité d’impression, type de pochette, couleur des macarons ou manière dont certaines inscriptions sont réalisées : avec le temps, un collectionneur expérimenté finit par reconnaître une époque jusque dans ses petits détails.

Le runout, cette petite zone qui en dit long

L’un des éléments les plus intéressants à observer reste justement le runout. Il s’agit de la zone située entre la fin du sillon musical et le macaron central (que l’on appelle aussi ‘dead wax’). On y retrouve souvent des références permettant d’identifier précisément une édition : numéro de matrice, code de fabrication, initiales d’un ingénieur ou informations liées à l’usine de pressage. Et parfois, le faux se trahit ici.

Par exemple, le picture-disc de l’album « War » de U2 constitue un excellent cas d’école. Celui-ci existe sous trois pressages distincts : l’un avec bords transparents, un autre avec bords noirs, et enfin un autre pressage avec bords noirs qui s’avère… non officiel. Seules les caractéristiques matricielles permettent de distinguer le vrai du faux.

Certaines contrefaçons possèdent une apparence extrêmement proche de l’édition recherchée, mais un examen attentif du runout permet de constater une différence dans la manière dont les références ont été gravées. Attention cependant à ne pas tomber dans l’excès inverse : une inscription manuscrite n’est pas automatiquement synonyme de faux. Ce qui compte, c’est de comparer les caractéristiques du disque avec celles de l’édition que l’on pense avoir trouvée.

50 nuances de faux

Même prudence avec les vinyles couleur. Un disque rouge transparent, bleu marbré ou jaune fluorescent attire forcément davantage le regard qu’un traditionnel vinyle noir, et les fabricants de pressages non officiels l’ont parfaitement compris. C’est un piège particulièrement efficace auprès des nouveaux collectionneurs : découvrir une variante inconnue et penser immédiatement avoir trouvé une édition ultra rare.

Pourtant, couleur ne signifie jamais automatiquement rareté, et encore moins authenticité. Certains albums extrêmement populaires ont ainsi été déclinés officieusement sous de nombreux coloris qui n’ont jamais existé dans le catalogue du label. Avant de craquer pour une variante spectaculaire, mieux vaut donc vérifier qu’elle a réellement existé.

Quand la bonne pochette cache le mauvais disque

Il existe aussi des montages encore plus subtils. Une pochette peut être authentique alors que le disque placé à l’intérieur ne l’est pas. C’est ce que l’on appelle une ‘married copy’ : on associe des éléments provenant de deux éditions différentes afin de rendre l’ensemble plus crédible. Vous inspectez la pochette, tout semble correct. Les références correspondent, le papier semble être de la bonne époque et l’impression paraît authentique. Pourtant, le vinyle à l’intérieur peut être une reproduction non officielle.

Dans le domaine de la collection, il faut donc toujours considérer l’objet dans son ensemble. Une véritable pochette ne garantit pas que le disque soit bon, et l’inverse est également vrai.

Un marché parallèle qui raconte aussi l’histoire du vinyle

Tout n’est donc pas noir ou blanc dans cet univers parallèle. Une contrefaçon destinée à tromper un acheteur n’a évidemment pas la même philosophie qu’un bootleg conservant la trace d’un concert historique jamais publié. Pourtant, les deux appartiennent à cette histoire souterraine du disque vinyle.

Ils témoignent aussi des espaces laissés vacants par l’industrie musicale. Lorsqu’un concert mythique, une bande originale ou un album reste longtemps inaccessible sur support physique, quelqu’un finit régulièrement par occuper la place. Parfois pour documenter, parfois pour répondre à une demande, parfois simplement pour tromper.

C’est donc à vous, collectionneur, de savoir ce que vous avez réellement entre les mains. Parce qu’un beau vinyle n’est pas forcément officiel. Parce qu’une édition limitée n’est pas forcément rare. Et parce qu’au fond, quelques millimètres de ‘dead wax’ peuvent parfois raconter beaucoup plus de choses qu’un énorme sticker ‘Collector’ collé sur une pochette. Alors, ouvrez l’œil !